In-folio, bradel demi-vélin (Pagnant).
Bechtel, 683/S-30 // Brunet, V-40 et Supplément II-558 // Fairfax Murray, 493 // Goujet, X, p. 299 et s. // Lachèvre, p. 12 et s. // Macfarlane, 91 // Renouard, ICP, I, p. 339, n° 177 // Tchemerzine-Scheler, V-27 et 629 // USTC, 60894.
(150 f.) / A-T6, aa-ff6 (B1 et aa1 signés B2 et aa2) / 44 lignes sur 2 colonnes, car. goth. / 191 × 260 mm.
Édition originale très rare de cette anthologie contenant entre autres des poésies de Saint-Gelais et de Blaise d’Auriol. Elle est également considérée comme la véritable édition originale des poésies de Charles d’Orléans.
Octovien, ou Octavien de Saint-Gelais, est né à Cognac en Angoumois en 1468. Après de brillantes et solides études à Paris, il étudie la théologie et entre dans les ordres, ce qui ne l’empêche pas de mener une vie de plaisirs et de débauche et de se livrer à la poésie galante, voire érotique. Une longue maladie, suite de ses débordements de jeunesse, le rend faible et valétudinaire à 23 ans et le force à modérer ses excès : il lui fallut être sage malgré lui et il se tourna exclusivement vers l’ambition (Hoefer). Nommé à seulement 26 ans à l’évêché d’Angoulême grâce à Charles VIII à qui il avait dédié plusieurs ouvrages et dont il avait su se faire aimer, il s’y retira et chercha par son zèle pastoral à effacer les scandales de sa jeunesse avant de mourir en 1502 âgé d’à peine 34 ans. Il fut l’un des premiers poètes à traduire en vers français les ouvrages des auteurs grecs et latins, et l’un des premiers à alterner régulièrement les rimes masculines et féminines.
La Chasse et le départ d’amours semble être un recueil de pièces poétiques dues à Saint-Gelais auquel Blaise d’Auriol, poète et jurisconsulte natif de Castelnaudary, qui passait pour l’éditeur de l’ouvrage, aurait ajouté, à partir du feuillet aa2, des poésies de son cru, dont La departie damours par personnaiges parlans…, recueil de complaintes que fait un amant sur la mort de sa maîtresse. La plupart des critiques ont considéré la poésie d’Auriol ou copiée mot à mot, ou servilement imitée des poésies de Charles d’Orléans (…). D’Auriol ne s’est pas contenté de porter si loin son plagiat, il s’est encore attribué quelques-unes des plus jolies Ballades du Duc d’Orléans (Goujet).
En réalité, Lachèvre précise, au terme de son analyse, que ce recueil n’est, à [ses] yeux, qu’une anthologie de poésies amoureuses et libres prises dans les œuvres d’un grand nombre d’auteurs du XVe siècle. Pour lui, le nom de Saint-Gelais ne figure au titre que par stratégie de libraire, et le compilateur de ce recueil, anonyme mais qui pourrait être Simon Bougoing, a réparti sous divers titres quantité de rondeaux et quelques ballades libres, très libres, parmi d’autres pièces de même forme sans tendances érotiques. Parmi les 538 pièces qui composent l’édition Vérard, Lachèvre en identifie ou en attribue 371 à une vingtaine d’auteurs dont Bougoing, René d’Anjou, Jean Marot, Villon, Saint-Gelais (82 pièces), d’Auriol (58 pièces) et Charles d’Orléans, dont 254 pièces paraissent ici pour la première fois. Un certain nombre de pièces sont restées pures ; d’autres ont été modifiées. Néanmoins, ce précieux volume peut compter comme la véritable édition originale de Charles d’Orléans (Tchemerzine).
Cette anthologie parut pour la première fois en 1509 chez le libraire parisien Antoine Vérard, à son adresse devant la rue neufve nostre dame. Tchemerzine mentionne l’existence de deux tirages, identifiables à la dernière ligne du titre, qui contient ou non les trois derniers mots demourant a Thoulouze, sans préciser l’antériorité de l’un d’eux.
Grand L grotesque sur le titre (Macfarlane n° 9) et 15 bois de diverses tailles (en réalité 14 bois différents dont un répété), la plupart provenant d’autres publications de Vérard : le Terence, la Mer des histoires et le Roman de la Rose parus vers 1500-1503. Parmi ces illustrations, certaines sont composées, comme souvent à l’époque, de la juxtaposition de plusieurs bois (ici 2, 3 ou 4) ou bordures. Marque d’Antoine Vérard au verso du dernier feuillet (Renouard,
n° 1088) et nombreuses petites lettrines ornementales.
Cette édition est très rare. L’USTC ne répertorie, pour notre tirage, que trois exemplaires dans les bibliothèques publiques, à la Bibliothèque de l’Arsenal, au musée Condé de Chantilly et à la British Library, ainsi qu’un seul en mains privées, l’exemplaire Fairfax Murray que nous présentons.
Vélin un peu sali. Réparation au titre touchant la lettrine, manque angulaire aux cahiers B à D, cahier S légèrement plus court et réparation importante et taches aux 6 derniers feuillets ; un petit trou au feuillet ff2 affectant une lettre et quelques galeries de vers.
Provenance :
Régnier (?, signature manuscrite ancienne sur le titre) et Fairfax Murray (étiquette, n° 493).