Elephant parade, oil on canvas, by E. Doigneau
28.93 x 36.61 in.
Galerie Hervé Péron, Paris ;
Acquis auprès de cette dernière par l’actuel propriétaire ;
Collection particulière, Paris
Marie Laurent, Catalogue raisonné d’Edouard Doigneau (en ligne, consulté le 17 décembre 2025)
Se destinant tout d’abord à une carrière militaire, Édouard Doigneau entre à l'École polytechnique en 1885 avant de tout quitter pour se consacrer à la peinture. Formé à l'Académie Julian, auprès de Jules Lefebvre et de Tony Robert-Fleury, ses nombreux voyages orientent durablement son œuvre, multipliant ses périples en Bretagne, en Camargue, sur les bords de Loire puis en Espagne et en Afrique. La vibrante composition que nous présentons appartient à ces œuvres où, Doigneau se fait peintre des lointains, déployant toute la richesse de son imaginaire orientaliste. Fidèle à sa fascination pour les fastes des défilés exotiques, il livre ici une scène de parade où une procession d’éléphants caparaçonnés avance lentement sous un dais de feuillages dorés. L’ensemble se distingue par son caractère profondément décoratif, souligné par un cadrage bordé d’un large faux-motif d’encadrement peint, rappelant les marges somptueuses des miniatures persanes. Au centre, les éléphants, massifs et hiératiques, portent sur leurs dos d’immenses tapis aux dessins chatoyants : arabesques bleues, verts intenses, touches d’ocre et de rouge qui viennent animer les étoffes. La monumentalité des animaux contraste avec la précision des motifs textiles, dont Doigneau maîtrise parfaitement l’entrelacement géométrique. Sur leurs dorsales, de jeunes cavaliers vêtus de tuniques vives adoptent des poses calmes, presque cérémonielles, conférant à la scène une allure rituelle. À l’avant de la procession, un guide en turban mène deux chèvres tandis qu’un autre personnage brandit une longue bannière ornée de signes stylisés. Le peintre joue avec finesse des oppositions d’échelles entre les figures humaines et les animaux, accentuant l’impression de parade majestueuse. La gamme chromatique, dominée par les jaunes lumineux, les verts poudrés et les bleus profonds, témoigne d’un goût prononcé pour les couleurs franches et cloisonnées. L’arrière-plan, traité en larges aplats de jaune dans lequel se mêlent silhouettes d’arbres et éclats de lumière, crée un écrin presque onirique à la procession. Doigneau renonce volontairement au réalisme strict pour privilégier une stylisation décorative au service de la narration, comme un fragment de conte ou d’illustration. Le rythme des lignes, la simplification des formes et l’agencement frontal de la frise participent d’une esthétique proche des arts décoratifs du début du XXᵉ siècle. Par notre Parade d’éléphants, l’artiste signe une œuvre emblématique de son langage pictural, où imagination, exotisme rêvé et sens du décor se répondent en une fresque lumineuse et joyeusement orchestrée.
Nous remercions Madame Marie Laurent pour les précieuses informations qu’elle nous a communiquées sur cet artiste.