Reposant sur trois pieds en forme de buste de femme ailée, la coupe inférieure ornée de trois cartouches à décor de monstres marins dans un entourage d'entrelacs auriculaires, la galerie ajourée de motifs en losange et en larme, la goulotte à décor de galets, une roue à eau mobile abritée par un petit toit reposant sur quatre pieds, un perroquet perché sur le toit, la coupe supérieure reposant sur trois pieds en console sommés de tête de femme, le corps orné de trois têtes de séraphin sur fond amati, d'une frise de trois cartouches fleuris alternant avec des trophées de fruits, le col de trois cartouches à décor de putti chevauchant des monstres marins alternant avec des trophées de fruits sur fond amati, l'intérieur dévoilant un cygne reposant sur un pilier, le couvercle à bords dentelé sommé d'une frise de trois séraphins alternant avec des fruits sur fond amati, la prise en forme de moulin à quatre ailes mobiles serti d'un cadran et d'un escalier sur le côté sur lequel monte un homme portant un sac de blé, une femme portant du pain sortant par la porte
H. : 49,5 cm (19,4 in.)
H. (sans couvercle) : 30,6 cm (12,0 in.)
L. : 32,4 cm (12,7 in.)
D. (couvercle) : 13,1 cm (5,1 in.)
D. (coupe supérieure) : 11 cm (4,3 in.)
D. (coupe inférieure) : 11,2 cm (4,4 in.)
Poids total : 1 Kg 316
Collection James de Rothschild (1792-1868), Paris.
Collection Guy de Rothschild (1909-2007), Paris.
Schöner trinken, Barockes Silber aus einer Basler Sammlung, Historisches Museum Basel, 2022, kat.219.
Sabine Söll-Tauchert, dans son article "Wunderwerke auf der Tafel : Zwei Mühlenpokale aus Münster" dans le catalogue de l'exposition Schöner trinken du musée de Bâle, des pages 92 à 101, indique que le principal intérêt dans ces ingénieux mécanismes est de donner une illusion spectaculaire : la transformation de l'eau en vin.
Celle-ci repose sur un mécanisme hydraulique ingénieux, que décrit Sabine Söll-Tauchert : "Lorsque de l’eau est versée dans la coupe, le liquide qui s’écoule dans les tuyaux entraîne une roue à aubes en argent avant de parvenir au récipient inférieur, où il peut être recueilli dans une coupe. Ce phénomène est rendu possible par une construction interne très élaborée. La coupe contient deux tubes concentriques. Avant le banquet, le récipient est discrètement rempli de vin jusqu’à un niveau précis, situé juste en dessous du trop-plein. Lorsque de l’eau est ensuite versée devant les invités, elle pousse le vin vers le bas, ce qui le fait remonter dans le tube extérieur puis passer dans le tube intérieur avant de s’écouler par les conduits vers le récipient inférieur. Le liquide qui en ressort est d’abord du vin, puis il se mélange progressivement à l’eau, prenant peu à peu une teinte rosée."
Cette mise en scène rappelle évidemment le miracle des Noces de Cana pendant lesquellles Jésus transforme l'eau en vin (Evangile selon Saint Jean).
L'orfèvre Johann (Hans) Hoese a effectué son apprentissage entre 1571 et 1577 auprès de Johann Berkenfeld. Il est reçu maître en 1597, et sera actif à Münster jusqu'à son décès vers 1617." Aucune œuvre de Hoese n'est aujourd'hui connue avec certitude, ce qui confère un intérêt particulier à cette grande coupe qui lui est attribuée."
Ces jeux à boire avec moulin sont extrêmement rares. Sabine Söll-Tauchert en a répertorié huit en tout, conçus entre 1614 et 1689. Ils émanent des villes de Münster, Augsbourg et Lübeck. Une autre pièce de ce type est conservée au Victoria and Albert Museum, et a également été faite par Johann (Hans) Hoese. Une autre par Melchior Bair, Augsbourg 1626-1630 est conservée au musée de l'Armurerie du Kremlin. Pour une autre coupe de jeu "transformation du vin" voir Sotheby's Paris, 13 novembre 2018, lot 5, la coupe par Hans Maulbrunner, Augsbourg, vers 1614-1616. Une autre, plus tardive, probablement par Léopold Wilder, Vienne, 1675, fait partie des collections du musée hongrois de Budapest (Schöner trinken...Historisches Museum Basel, p.100). Une autre fait partie des collections du musée d'Art et d'Histoire de Lübeck. Une dernière a été faite par Hans Christoph Morböck à Vienne en 1689.
Le principe du moulin figurant sur le couvercle est encore un jeu : en soufflant dans le petit tuyau, le joueur met en mouvement les ailes du moulin qui entraînent une aiguille placée sur un cadran situé à l'arrière, le but étant de vider son verre avant que les ailes ne cessent de tourner ; si le joueur échoue, la position finale de l'aiguille indique le nombre de verres supplémentaires à boire.
Dans le même catalogue, Karin Tebbe, des pages 86 à 91, précise : "Cette pratique fut vivement critiquée par le pasteur Michael Freude, qui dénonça en 1692 les excès liés à ces jeux à boire.". Elle relève aussi qu'il existe au château d'Ambras (à Innsbruck, Autriche) une chaise en fer équipée d'un mécanisme qui retenait prisonnier les convives tant qu'ils n'avaient pas accompli l'épreuve de boisson imposée.