Reposant sur un piédouche ovale serti de douze pièces antiques, le fût à décor de six godrons reposant sur une base balustre agrafée de deux double-consoles, la coupe formée d'une pince de homard montée en vermeil, le bord inférieur de la monture à décor de feuilles, les côtés à décor de sirènes et chérubins, l'arrière à décor d'un masque de faune, un crustacé sous le menton, le bec verseur de forme cylindrique émergeant de la bouche, l'autre extrémité sommée d'un soldat tenant une lance et un écu, le haut de la coupe en forme de pont de navire, la rambarde ornée de douze pièces de monnaie, deux soldats armés se tenant sur le pont, un lion tenant un drapeau à l'arrière, le dais formé d'une partie de pince de homard avec deux drapeaux, l'avant orné d'une tête de lion.
H. : 34,4 cm (13,5 in.)
L. : 30,5 cm (12,0 in.)
Poids brut : 1 Kg 141
En 1834, inventaire de succession de Franz Xavier Leopold am Rhyn-Schwytzer von Buonas (1751-1833), Lucerne. Cet objet ne figure pas dans les inventaires plus anciens de la famille mais il est très probable qu'il appartenait depuis longtemps à cette famille, l'une des principales familles patriciennes de l'ancienne Lucerne.
Puis collection de sa petite-fille Elise von Bayer, à Rorschach, canton de Saint-Gall.
Collection privée château de Flaach, canton de Zurich.
Schöner trinken, Barockes Silber aus einer Basler Sammlung, Historisches Museum Basel, 2022, kat.211.
Si les nautiles et turbos montés par des orfèvres principalement allemands et italiens, entre le XVIe et le XVIIe siècle, sont assez fréquemment rencontrés dans les collections muséales et sur le marché de l'art, le concept d'une pince de homard montée en argent, s'il n'est pas tout à fait unique, reste exceptionnel. À ce jour, il semble que ce soit la seule pince montée en bateau encore existante.
Le professeur Lorenz Seelig dans son article paru dans le catalogue de l'exposition de cette collection au musée de Bâle en 2022 (Schöner trinken Barockes Silber au seiner Basler Sammlung), p. 64-73, a récemment retrouvé la trace d'un objet très similaire, une pince montée par le même orfèvre à la même époque. Cette pièce aujourd'hui non localisée, faisait partie des collections du musée de Francfort (Museum Angewandte Kunst Frankfurt). Auparavant, elle était dans la collection du baron Maximilian de Goldschmidt-Rothschild (1843-1940) à Francfort, collection vendue à un prix sous évalué à la ville de Francfort en 1938, puis passa entre les mains de l'antiquaire Carl Muller-Russika de Francfort.
Il révèle aussi que, dans l'inventaire d'un maire de Lucerne datant de la fin du XVIe siècle, Ludwig Pfyffer, décédé en 1594, il est fait mention de "2 pinces de homard identiques".
Un seul autre objet présentant une pince de homard montée semble avoir subsisté : il s'agit d'une poire à poudre commandée par l'abbé Sébastien II Schanzenbach à Heilbronn en 1569, aujourd'hui au Landesmuseum Wurttemberg de Stuttgart. Malgré sa taille imposante, il est probable que cette pince était davantage destinée à un cabinet de curiosité qu'à la chasse, en raison de sa fragilité.
La présence de pièces de monnaie antiques est très probablement liée aux découvertes archéologiques de Hohenrain, entre Lucerne et Zug, en 1590 et en 1600.
Du XVIe au XVIIIe siècle, les cabinets de curiosité (Kunsthammer), se déployaient dans deux directions, Naturalia (pour les pièces issues directement du monde naturel, tant animal que minéral ou végétal, parfois montées en métal précieux par des orfèvres et Artificialia (destinées à prouver l'habileté de la main de l'Homme, dans le domaine des instruments scientifiques, des automates ou des armes).
Notre pince de homard est un témoignage unique de ce concept du Kunstkammer dans sa vision la plus édulcorée.
L'orfèvre Hans-Bernard Wagmann (1577-1628) est le fils du peintre lucernois Hans Heinrich Wagmann, auteur entre autres des peintures figurant sur le fameux pont de la Chapelle à Lucerne. Il était surtout réputé à l'époque pour ses pièces sacrées, calices, ciboires, reliquaires.