En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin
France, Paris (ou Bourgogne, avec des liens avec Auxerre ?), vers 1450-1460
Avec 15 grandes enluminures attribuables à un premier collaborateur du Maître d’Etienne Sauderat (ff. 52, 89, 166v, 192v), autres miniatures attribuables à un second collaborateur du Maître d’Etienne Sauderat.
193 ff., précédés et suivis d’une garde de papier, collation : i12, ii8, iii6, iv8, v8, vi8, vii8, viii8, ix8, x8, xi8, xii8, xiii8, xiv8, xv8, xvi8, xvii8, xviii8, xix8, xx8, xxi8, xxii8, xxiii8, xxiv6, manuscrit complet mais on notera que le travail en cahiers a sans doute entraîné une erreur de copie au fol. 175v car on remarque que le texte sous la miniature est manquant mais débute correctement sur le feuillet qui fait face (fol. 176), de même la dernière miniature n’est pas associée à un texte et remplit sans doute la fonction d’image pieuse placée en fin de manuscrit (fol. 192v), écriture gothique liturgique, encre brune, rubriques en rouge, initiales à l’or bruni sur fonds rose foncé et bleu avec rehauts blancs (1 à 2 lignes de hauteur), initiales peintes en bleu ou en rose avec rehauts blancs sur fonds d’or bruni avec décor de feuilles d’acanthe et vigne de couleur (2 à 4 lignes de hauteur) introduisant les grandes divisions textuelles, avec 15 grandes miniatures de format cintré inscrites dans des bordures enluminées (feuilles d’acanthe de couleur, fraises, fleurs, vigne et besants d’or sur fonds réservés), miniatures encadrées de baguettes enluminées sur fonds d’or bruni serties de vigne ou feuillages de couleur.
Reliure moderne, décor pastiche à l’imitation d’une reliure du XVIe siècle, veau havane, sur ais de bois, dos à 5 nerfs, tranches dorées. Bon état de la reliure (quelques infimes éraflures).
Quelques taches au parchemin, sans gravité ; décharges des miniatures sur les feuillets faisant face à certaines miniatures ; quelques réparations ou restaurations au parchemin (par ex. fol. 75) ; quelques petits trous au dernier feuillet comportant une miniature (fol. 192) ; quelques feuillets rognés courts avec atteinte à la bordure enluminée dans certains cas.
Dimensions des feuillets : 168 x 115 mm ; dimensions de la reliure : 178 x 128 mm.
Provenance
1. Manuscrit copié et enluminé à Paris (ou peut-être en Bourgogne, Auxerre ?), d’après des éléments stylistiques (Maître d’Etienne Sauderat et ses collaborateurs actifs à Paris, avec une origine auxerroise), pour l’usage liturgique de Paris (Heures de la Vierge et Office des morts), et un calendrier qui suit généralement le calendrier composite de Paris.
On peut avancer que ces Heures furent sans doute réalisées pour une femme dont on trouve la représentation comme donatrice en prière devant la Pietà (fol. 175v). Signalons l’inclusion de la fête des « reliques du Palais » au calendrier (30 septembre), liée peut-être à Coutances, ainsi que dans les litanies la présence de sainte Venisse ou Venice honorée dans la Manche, suggérant peut-être des liens de la première commanditaire avec la Normandie.
2. Inscription au feuillet 1, à l’encre, en grande partie effacée et pratiquement illisible. On distingue le mot « Madame ».
3. France, collection particulière.
Texte
ff. 1-12v, Calendrier, en français, encre bleue, rouge et or, à l’usage de Paris, mais peut-être adapté pour la Normandie (?). Signalons les saints suivants : Geneviève (en or) (2 fév.), Aubin (2 fois, 1 et 2 mars), Yves (en or, 19 mai), Eloi (en or, 25 juin : le bras reliquaire de saint Eloi fut translaté de Noyon à Notre-Dame de Paris en 1212), Martin (en or, 4 juillet et 11 nov.), Michel (en or, 29 sept.), Denis (en or, 9 oct.). Relevons tout particulièrement les Reliques du palais (30 septembre) [lien avec la fête des Reliques de Coutances ? Voir cette fête dans les calendriers à l’usage de Coutances].
ff. 13-18v, Péricopes évangéliques.
ff. 18v-22v, Obsecro te.
ff. 22v-26v, O intemerata.
ff. 27-95v, Heures de la Vierge, à l’usage de Paris, avec matines (ff. 27-51), laudes (ff. 52-63), prime (ff. 64-69), antienne, « Benedicta tu » et capitule, « Felix namque », tierce (ff. 69v-74), sexte (ff. 74v-78), none (ff. 78v-82), antienne, « Sicut lilie » et capitule, « Per te dei », vêpres (ff. 82v-89), complies (ff. 90-95v).
ff. 96-113v, Psaumes de la Pénitence et litanies.
ff. 114-117, Heures de la Croix.
ff. 117v-120v, Heures du Saint-Esprit.
ff. 121-166, Office des morts, à l’usage de Paris, avec leçons : (1) Qui Lazarum ; (2) Credo quod ; (3) Heu michi ; (4) Ne recorderis ; (5) Domine quando ; (6) Peccantem me ; (7) Domine secundum ; (8) Memento mei ; (9) Libera me.
ff. 166v-172, Quinze joies de la Vierge.
ff. 172-175, Sept requêtes de Notre Seigneur.
ff. 175v-182, Prières, dont Stabat mater dolorosa ; rubrique (fol. 178), En toutes tes adversités di devotement ceste oroison, « Deus propicius… » ; rubrique (fol. 179v), Ceste oroison contient toutes demandes a Nostre Seigneur, « Fac michi domine… ».
ff. 182-183, Vers de saint Bernard.
ff. 183-191v, Prières et suffrages aux saints (Christophe ; Laurent ; Nicolas ; Antoine ; Marie Madeleine ; Geneviève ; Catherine ; Avoye ; Venice (ou Venisse, honorée dans la Manche).
ff. 193-193v, feuillet blanc réglé.
Illustration
Avec 15 grandes miniatures inscrites dans des bordures enluminées.
f. 27, Annonciation.
f. 52, Visitation.
f. 64, Nativité.
f. 69v, Annonce aux bergers.
f. 74v, Adoration des rois mages.
f. 78, Présentation au Temple.
f. 82, Fuite en Egypte.
f. 89, Couronnement de la Vierge.
f. 96, David en prière.
f. 114, Crucifixion.
f. 117v, Pentecôte.
f. 121, Scène d’ensevelissement.
f. 166v, Vierge allaitant l’Enfant, entourée d’anges.
f. 175v, Pietà, avec donatrice en prière tenant un phylactère déroulé : on remarque qu’il n’y a pas de texte sous la miniature, alors qu’un espace avait été prévu à cet effet ; le texte du « Stabat mater » commence correctement au fol. 176, faisant face à la miniature.
f. 192v, Jugement dernier et Bouche d’Enfer : ce feuillet ne comporte pas de texte, il est la seule miniature à pleine page et il n’est pas associé à un texte en regard, suggérant qu’il a peut-être été inséré comme image finale pieuse en fin de manuscrit.
Les présentes Heures sont un témoin d’un groupe de manuscrits désormais rassemblés autour de la personnalité d’un artiste baptisé « Maître d’Etienne Sauderat », d’après un manuscrit daté 1447 qui contient un colophon : « Estienne Sauderat, natif de la cité d'Aucerre, escripvain et humble serviteur de mondit seigneur, l'ay escript et enluminé comme il appert. Anno domini millesimo quadringentesimo quadragesimo septimo. Iste liber scripsit de Saudretis natus Stephanus nomine vocatus. Sauderat. Ita est. » (Amiens, BM, MS 399, Livre des propriétés des choses, fol. 296v). Il est généralement accepté que cet artiste fut actif à Paris dans les années 1440 et circa 1467 mais il se pose le problème de savoir s’il est aussi actif en Bourgogne comme le colophon le donne comme « natif de la cité d’Auxerre ». Signalons que le commanditaire du manuscrit d’Amiens est Jean de Chalon, noble bourguignon. Wijsman (2011) souligne le caractère hétérogène de ce groupe de manuscrits, qui mérite une étude plus poussée : « The group of manuscripts associated with the Master of Etienne Sauderat (including Harley 1310) is not homogenous and needs closer study. But it is a group which, thanks to three manuscripts firmly dated to 1447, 1454, and 1467, is datable to the middle of the fifteenth century » (Wijsman, 2011, p. 20).
Cet artiste (dit « Maître d’Etienne Sauderat » ou peut-être Etienne Sauderat lui-même), dont le corpus et celui de ses collaborateurs ne cesse de s’accroitre, fut identifié d’abord par E. König qui reconnait sa main dans les Heures de Marguerite d’Orléans : Étienne Sauderat réalisa quelques ajouts dans les marges des feuillets 13, 17, 102 et 154 (Paris, BnF. ms. lat. 1156 B ; sur les Heures de Marguerite d’Orléans, voir König, 1991 et sur le « Maître d’Etienne Sauderat », pp. 49-53 ; Avril et Reynaud, 1993, pp. 28-29). Sur les manuscrits attribuables au Maître d’Etienne Sauderat ou Etienne Sauderat lui-même (si l’on considère qu’il est copiste et enlumineur comme l’indique le colophon du manuscrit d’Amiens), voir Wijsman, 2011, p. 20, notamment un livre d’heures exposé par H. Tenschert en 2011 (fig. 10) ; voir aussi une liste de manuscrits compilée ici : https://www.bookilluminators.nl/met-noodnaam-gekende-boekverluchters/boekverluchters-e-noodnaam/meester-van-etienne-sanderat-de-bourgogne/
Dans les présentes Heures, deux artistes distincts, issus de l’atelier ou du cercle du Maître d’Etienne Sauderat, nous paraissent identifiables.
Le premier peint la majorité des miniatures, proches en style du Maître d’Etienne Sauderat, adoptant son goût pour les dallages vert et noir, les grandes tentures damassées, les éclairages au soleil zénithal sur un ciel sombre, et les formations rocheuses isolées, comme de petites montagnes saillantes en arrière-plan, détail que l’on trouve déjà dans les œuvres de miniatures peintes dans le style du Maître de Bedford.
Le premier artiste dans les présentes Heures est à rapprocher de celui des « Heures dites de Philippe Billon », attribuées au Maître d’Etienne Sauderat (Collection privée, anciennement Galerie Les Enluminures, Catalogue 2, no. 4), manuscrit qui depuis serait plutôt peint par un collaborateur du Maître d’Etienne Sauderat. La scène de l’Annonciation des présentes Heures est à rapprocher de celle conservée dans d’autres Heures (Münich, BSB, Clm 17425, fol. 17 ; nous remercions F. Avril de nous avoir signalé ce manuscrit ; voir U. Bauer-Eberhardt, 2022). On trouve dans l’architecture peinte en arrière-plan de l’Annonciation des présentes Heures des éléments semblables dans une miniature du Livre des bonnes meurs de Jacques Le Grand (Londres, BL, Harley 1310, fol. 81, manuscrit avec colophon Paris, 4 février 1453 (nouveau style 1454) ; reproduction dans Wijsman, 2011, p. 14, fig. 5). D’autres manuscrits viendront certainement s’ajouter au corpus des œuvres attribués à cet artiste collaborateur du Maître d’Etienne Sauderat : citons par exemple les Heures conservées à Beaune, Bibliothèque Gaspard-Monge, MS 55 et les Heures dites de Philippe Billon (Coll. privée, anciennement Galerie Les Enluminures) citées ci-dessus. Ce même atelier d’Etienne Sauderat est certainement responsable des miniatures dans un manuscrit de Jacques Le Grand, Livre des bonne meurs (Londres, BL, Harley 1310) fait pour un couple de la cour de Bourgogne à savoir Adolphe de Clèves et Anne de Bourgogne, confirmant l’accointance de l’artiste avec la Bourgogne (voir Wijsman, 2011 ; Wijsman évoque un suiveur du Maître d’Etienne Sauderat pour l’illustration du Livre de l’information des princes (La Haye, KB 76 E 20), autre manuscrit de ce groupe).
Le second artiste, plus fin, peint quatre miniatures dans les présentes Heures : Visitation (fol. 52), Couronnement de la Vierge (fol. 89), Vierge entourée d’Anges (fol. 166v) et Jugement dernier (fol. 192v). Cet artiste est bien influencé par des compositions parisiennes, dans la mouvance du Maître de Bedford et ses émules. On trouve des miniatures peintes dans ce même milieu, par exemple la Visitation dans un manuscrit démembré (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, MS 2695, fol. 4v) ou encore la même scène dans des Heures à l’usage de Paris (Paris, BnF, latin 1175, fol. 37). Il nous semble aussi intéressant d’étudier l’influence du Maître de Bedford et ses émules sur cet artiste, notamment ces Heures à l’usage de Paris attribuées à un suiveur du Maître de Jean Rolin (La Haye, KB, MS 74 F 1 ; ancienne collection Mensing), présentant avec des compositions très proches de celles adoptées par les collaborateurs du Maître d’Etienne Sauderat, suggérant des liens étroits avec l’enluminure parisienne du milieu du XVe siècle.
Bibliographie
Avril, F et N. Reynaud, Les manuscrits à peintures en France. 1440-1520., Paris, 1993.
Bauer-Eberhardt, U. Die illuminierten Handschriften französischer Herkunft in der Bayerischen Staatsbibliothek: vom 15. Jahrhundert bis um 1540 plus flämische und niederländische Handschriften, Wiesbaden, 2022.
König, E. Les Heures de Marguerite d’Orléans, Paris, Cerf, 1991.
Tenschert, H. (notices de E. König). Paris mon amour : 25 Stundenbücher aus Paris, 1380-1460, Ramsen, 2017.
Wijsman, H. « Good Morals for a Couple at the Burgundian Court : Contents and Context of Harley 1310, "Le Livres des Bonnes Moeurs" of Jacques Legrand », in Electronic British Library Journal, 2011, article 6, pp. 1-25.
Ce lot est décrit par Madame Ariane Adeline.
Lot soumis à une TVA sur les frais acheteurs de 20%.