339
Jean de MEUNG.
Le Codicille et testament de maistre Jehã de meun.
Estimate:
€4,000 - 6,000

Complete Description

Jean de MEUNG.
Le Codicille et testament de maistre Jehã de meun.
S.l.n.d. (Paris, Michel Le Noir ?, ca 1500 ?).

Plaquette petit in-4, maroquin rouge, triple filet, dos à 6 nerfs orné à la grotesque, dentelle intérieure, tranches dorées (E. Niédrée, 1847).

 

Babelon, 135 // Bechtel, 394/J-107 // Brunet, Supplément I-1020 //

De Backer, 129 // Tchemerzine-Scheler, IV-717 // USTC, 53745.

 

(30 f.) / a-e6 / 37 lignes, car. goth. / 128 × 187 mm.

 

    Rarissime édition, peut-être la première, restée inconnue à Tchemerzine et Bechtel.

    Poète français né à Paris vers 1240 et décédé vers 1305, à Meung-sur-Loire, ville dont il tire son nom de famille, Jean de Meung fut aussi appelé Jean Clopinel en raison de la boiterie dont il était affecté. Il fut docteur en théologie ou en droit, peut-être dominicain mais certainement réputé comme l’un des hommes les plus savants de son temps. Nous avons déjà évoqué sa figure dans le catalogue de la seconde partie de la bibliothèque Bourdel (II, 20 mars 2025, n° 211), parce qu’il reste célèbre pour avoir composé la seconde partie du Roman de la rose, sans doute le plus important et le plus connu des poèmes sur l’amour courtois dont la première partie fut rédigée par Guillaume de Lorris.

    A contrario de Lorris qui avait rédigé un poème mystique et sentimental, Meung en fit un poème satirique où sont abordées des questions philosophiques et scientifiques. Il y conte aussi le danger de l’amour et peint une longue évocation des maux qu’il entraine à sa suite. L’œuvre, d’un antiféminisme affirmé, décrit les femmes sous les couleurs les plus noires et les plus odieuses :

 

    Toutes estes, serés, ou futes

    De faict ou de volentes putes

    Et qui bien vous en chercheroit

    Toutes putes vous trouveroit.

 

    L’ouvrage suscita à la fois l’enthousiasme et l’indignation.

    Outre cette seconde partie du Roman de la rose, on doit à ce savant érudit les traductions des Consolations de Boèce, de L’Art militaire de Végèce qui fut publié sous le titre de L’Art de la chevalerie, des Épîtres d’Héloïse et d’Abélard, de deux traités d’alchimie et enfin le Testament, long poème en quatrains et le Codicille, poème en huitains dans lesquels sont prodigués des témoignages de piété, des sarcasmes contre les moines et des conseils destinés aux différentes classes de la société.

    L’édition est très rare. Elle a échappé à Tchemerzine qui cite notre exemplaire en indiquant à tort que c’est un exemplaire incomplet de l’édition de 1501 de Michel Le Noir, et à Bechtel qui répète cette confusion. Elle n’est pas répertoriée non plus par Renouard et Moreau dans l’Inventaire Chronologique des Éditions Parisiennes du XVIe siècle.

    Après vérification, nous garantissons le texte bien complet, celui-ci commençant au feuillet a1v par le premier vers du Testament : « Ly pere et ly fisz et ly sainctz esperis » et s’achevant au recto du dernier feuillet e6 par la dernière phrase du Codicille : « Cy fine le codicille de maistre iehan de meun ».

    L’édition est, en revanche, répertoriée par Brunet dans son Supplément, qui cite notre exemplaire. Elle est également référencée par De Backer sous le n° 129 qui l’indique complète et rarissime et qu’il pense, probablement à juste titre, imprimée par Michel Le Noir à cause des figures qui sont reprises d’autres éditions et qui sont reproduites par Claudin (II, 167-171).

    Enfin, quant à la date de l’édition, Brunet avance celle de 1510 mais il faut sans doute suivre la notice du catalogue Firmin-Didot qui indique qu’elle pourrait bien être la première de cet opuscule car elle ne contient pas l’« épitaphe de feu roy Charles septiesme » [de Simon Gréban],

qui n’a dû être ajoutée que plus tard. Cela situerait l’édition aux alentours de 1500.

    Un grand bois au feuillet a1r représentant l’auteur à son écritoire, un autre grand bois au dernier feuillet e6v représentant le maître et l’élève et un petit bois au verso du feuillet a1 montrant l’auteur présentant son livre au roi.

    D’après nos recherches, cette édition serait connue à trois exemplaires, celui de De Backer relié par Capé, l’exemplaire de la bibliothèque Colombine décrit par Babelon et le nôtre qui provient de la bibliothèque Firmin-Didot.

    Bel exemplaire malgré de minimes usures aux coiffes, coins et coupes et petites éraflures sur les plats. Manque angulaire au feuillet b4 dû à la taille initiale de la feuille, importante mais habile restauration au dernier feuillet, petit trou marginal restauré aux feuillets e4 et e5.

Provenance :

Eusèbe-Nazaire-Christophe Brunck (inscription manuscrite, 21 mars 1853, n° 644) et Ambroise Firmin-Didot (ex-libris, 6-15 juin 1878, n° 136).


Auctioneer

Francis BRIEST
Auctioneer
fbriest@artcurial.com

Contacts

Emeline DUPRAT
Sale Administrator
Tel. +33 1 42 99 16 58
eduprat@artcurial.com

Bids Office

Kristina Vrzests
Tel. +33 1 42 99 20 51
bids@artcurial.com

Actions