Signée et datée ‘GOOR / 1941’ en bas à gauche
Village celebration in front of the city of Grasse, oil on canvas, signed and dated, by G. Goor
44.29 x 48.42 in.
Vente anonyme ; Dijon, Sadde, 16 avril 2015, n° 255 ;
Collection particulière, Paris
La vaste composition que nous présentons constitue l’un des plus éclatants hommages rendus par Gaston Goor à la Provence, dont il saisit ici l’esprit chaleureux et solaire. L’artiste représente une scène de danse populaire au cœur d’un paysage dominé par la silhouette majestueuse de la ville de Grasse, étagée sur son éperon rocheux. Sous un ciel limpide qui ouvre en profondeur sur les massifs lointains, une ronde joyeuse se forme, rassemblant hommes et femmes dans une fête rustique vivement animée. Au premier plan, Goor donne tout son souffle à la gestuelle des danseurs : bras levés, torses tournés, étoffes qui tournoient, sourires complices. La jeune fille en robe jaune, entraînée dans le mouvement, devient presque l’axe lumineux de la composition. À ses côtés, le tambourinaire rythme la scène de son pas solide, ancrant la danse dans une tradition séculaire. Le peintre orchestre autour d’eux un ensemble rythmé, où chaque figure semble répondre à une autre, dans un jeu de diagonales et de courbes qui dynamise toute la surface de la toile. Assis au bord du groupe, un jeune couple se distingue par sa quiétude : la jeune femme en blanc et son compagnon observent la scène dans une posture de douceur, marquant une pause méditative au milieu de l’effervescence alentour. Ce contraste délicat entre mouvement et repos, éclat festif et intimité, structure avec finesse la dramaturgie de l’œuvre. À leurs pieds, un panier débordant de fleurs ajoute une note décorative et symbolique, rappelant la fertilité et la générosité des terres provençales. La palette, dominée par les ocres rosés, les verts chauds et les bleus d’azur, traduit la luminosité propre au Midi. Goor, ami intime d’André Gide, fidèle à son goût pour les visages sculptés, les architectonies nettes et les silhouettes presque héroïsées, confère à la scène une grandeur intemporelle, héritée autant de la tradition académique que de la sensibilité décorative des années trente. Par ce tableau, il signe une véritable célébration d’un art de vivre méridional, où la beauté du paysage s’accorde à la joie simple des traditions. Peinte en 1941, notre toile porte ainsi le sceau d’une Provence idéalisée, offerte comme un refuge lumineux au cœur des années sombres — une vision poétique où se conjuguent harmonie, fraternité et vitalité picturale.