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Matthias STOM Probablement Amersfoort, vers 1590 – Sicile ou Venise, vers 1650
Le denier de César
Estimation :
80 000 - 120 000 €

Description complète

Le denier de César
Huile sur toile

Caesar's denarius, oil on canvas, by M. Stom

50.39 x 61.02 in.

128 cm x 155 cm
Provenance :

Collection des grands-parents paternels de l'actuel propriétaire ;

Puis par descendance ;

Collection particulière, Milan

Bibliographie :

Roberto Longhi, « Ultimi studi del Caravaggio e la sua cerchia », Proporzioni, I, 1943, p. 60

Henri Pauwels, « De Schilder Matthias Stomer », in Gentse bijdragen tot de Kunstgeschiedenis, 14, 1953, p. 189 (parmi les œuvres d’attribution douteuse)

Commentaire :

Découvert dans une collection milanaise, notre toile n’était connue que par une ancienne reproduction. Elle révèle aujourd’hui de façon inédite toutes ses qualités 400 ans après sa réalisation.

Réalisé sur une toile à tissage quadrangulaire caractéristique du Sud de l’Italie et daté par Gianni Papi de la fin du séjour romain du peintre, vers 1632-33, notre tableau reflète selon ce dernier l’influence de Cecco del Caravaggio à ce moment de sa carrière.

Nous connaissons peu de choses sur la jeunesse de Stomer. Il fut sans doute formé à Utrecht par des peintres de la mouvance caravagesque ayant séjourné à Rome.

Il rejoint la ville éternelle au début des années 1630 et son style s’élabore très vite au contact de la communauté nordique qui doit tout à Dirk van Baburen et Gerrit van Honthorst. Le luminisme classicisant de ce dernier et les figures majestueuses peintes à mi-corps au sein de compositions complexes et souvent théâtrales grâce à un cadrage serré caractérisent très tôt la manière de Matthias Stomer. L’originalité de son approche picturale s’explique par diverses influences géographiques mais aussi par ses pérégrinations italiques : à Rome entre 1630 et 1632, à Naples en 1632 et 1639, en Sicile vers 1640 et enfin à Venise de 1643 à 1645.

Notre toile nous éblouit par de multiples effets particulièrement réfléchis et maîtrisés. A la majestueuse et sculpturale figure du Christ s’opposent des attitudes multiples dont aucune ne semble rivaliser en dignité à celle du Fils de Dieu. Le peintre se divertit, s’amusant à nous surprendre par un jeu complexe de mains rassemblées au cœur de la composition, par la brillance des manches du pharisien armé à droite, d’une couleur incomparable, et par la vivacité des plumes qu’il porte sur son chapeau. Stomer est ici un brillant coloriste qui maîtrise ses jeux de lumières et les regards croisés de l’ensemble des protagonistes auxquels il est parvenu à donner une psychologie propre.

Notre peintre traduit à merveille toute la tension du récit biblique qui oppose Jésus aux pharisiens. Ces derniers tentent de le piéger en le flattant pour mettre en défaut son obéissance au pouvoir romain qui règne sur la Judée : ils lui demandent s’il convient ou non de payer l’impôt à l’empereur. Si le Christ répond « oui », il s’attire les foudres du peuple qui supporte mal l’autorité de Rome, s’il répond « non », il risque d’être condamné par les autorités. À ce dilemme, le Christ ne répond ni dans un sens ni dans un autre avec ce mot célèbre : « Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Marc, 12,17). Cette réponse a la double vertu de répondre à la question tout en affirmant la séparation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.


Nous remercions Monsieur Gianni Papi d’avoir confirmé, d’après photographie, l’authenticité de notre tableau par un courrier en date du 17 février 2026.

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