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Attribué à Hans REICHLE Schongau, vers 1565 - Brixen, 1642
Allégorie du Printemps
Estimation :
40 000 - 60 000 €

Description complète

Allégorie du Printemps
Bronze à patine brun nuancé

Hauteur : 32,5 cm


Allegory of Spring, bronze, brown patina, attr. to H. Reichle

H. : 12.79 in.

Provenance :

Collection de Sir Leon Bagrit (1902-1979) ;

Vente anonyme ; Middleborough, Massachusetts, White’s Auctions, 24 septembre 2023, n° 81 ;

Acquis lors de cette vente par l’actuel propriétaire ;

Collection particulière, Belgique

Bibliographie :

Robert Forrer, The Collection of Bronzes And Castings in Brass And Ormolu Formed By Mr. F.J. Nettlefold, Londres, 1934, p. 47, pl. 11 (sous le titre Cérès)

Yvonne Hackenbroch, « Bronzes in the Collection of Mr Leon Bagrit, Part. II. The Female nude », The Connoisseur, vol. CXLIII, n°578, juin 1959, p. 215, n° 3

Charles Avery, Giambologna, 1529-1608. Sculptor to the Medici, Londres, 1978, p. 72-73, n° 17

Sous la dir. de Christoph Brochaus et Gottlieb Leinz, Die Beschwörung des Kosmos, Europaïsche Bronzen der Renaissance, cat. exp., Duisburg, Wilhelm Lehmbruck Museum, 6 novembre 1994-15 janvier 1995, p.164-165, notice 65

Volker Krahn, Von allen Seiten schön. Bronzen der Renaissance und des Barock. Wilhelm von Bode zum 150. Geburtstag, cat. exp., Berlin, Staatliche Museen de Berlin, 31 octobre 1995-28 janvier 1996, p. 472, notice 168


Bibliographie en rapport :

Friedrich Kriegbaum, « Hans Reichle », Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen Wien, 1931, p. 238 et 239, figures 265 et 266

Hans R. Weihrau, Europäische Bronzestatuetten Jahrhundert, Braunschweig, 1967, p. 334, ill. 406

Thomas P. Bruhn, Hans Reichle (1565/70 - 1642) : a reassessment of his sculpture, thèse de doctorat, Université de Pennsylvanie, 1981, p.178, notice 32, et fig. 86

Ursel Berger et Volker Krahn, Bronzen der Renaissance und des Barock, Braunschweig, Herzog-Anton-Ulrich-Museum, 1994, p. 242. et p. 245, note 2

Leo Andergassen, « Der Bildhauer Hans Reichle und der Altarbau », Renaissance altäre und Epitaphien in Tirol, Innsbruck, 2007

Dorothea Diemer, « Hans Reichles Werke für St. Ulrich und Afra », Geschichte, Kunst, Wirtschaft und Kultur einer ehemaligen Reichsabtei. Festschrift zum tausendjährigen Jubiläum, III. Nachtrag, sous la direction de Thomas Groll et Walter Ansbacher, Augsburg, 2012, p. 21-76 

Alexander Rudigier, « Les bronzes envoyés de Florence à Saint-Germain-en-Laye, la Vénus de 1597 et les dernières œuvres de Jean Bologne », Bulletin monumental, 2016, tome 174, p. 287-356 

Albert Pürgstaller, Der Innenhof der Hofburg Brixen in der Entwicklungsgeschichte der europäischen Renaissancearchitektur, Masterarbeit zur Erlangung des akademischen Grades Master of Arts (Mémoire de master), sous la direction du Dr. Paul Naredi-Rainer, Institut für Kunstgeschichte Philosophisch-Historische Fakultät der Leopold-Franzens-Universität Innsbruck, 2023

Commentaire :

Autres exemplaires répertoriés :

Attribué à Hans Reichle, vers 1601-1602, Allégorie du printemps, bronze à patine brun rouge, H. 34 cm, Dresde, Staatliches Kunstsammlungen, Grünes Gewolbe, n° inv. I.N.IX.99 (fig. 1)

Attribué à Hans Reichle, début du XVIIe siècle, Allégorie du printemps, bronze à patine brun nuancé, H. 35,5 cm, vente publique, Paris, Marc-Arthur Kohn S.A.S, 13 avril 2012, n° 39 


Œuvres en rapport :

D’après un modèle de Jean Bologne, Florence, début du XVIIe siècle, L’Architecture, modèle créé vers 1580, bronze, Baltimore, The Walter Art Museum, n° inv. 54.689 

D’après un modèle de Jean Bologne, XVIIe siècle, L’Architecture, modèle créé vers 1580, bronze, H 49,5 cm, Paris, musée du Louvre, OA 9136 (fig. 2)

Pietro Francavilla, Le Printemps, statue en pierre, vers 1593, Florence, Ponte Santa Trinita (fig. 3)



Assise sur un cippe, une jeune femme nue au canon allongé incarne une élégante allégorie du Printemps. Légèrement déhanchée, la figure croise la jambe gauche derrière le mollet droit dans un mouvement complexe animant le corps en spirale. Le buste fièrement redressé, la jeune femme tourne la tête à gauche vers un bouquet de roses qu’elle tient délicatement dans la main gauche. Son cou allongé et son petit visage ovale encadré d’une abondante chevelure bouclée relevée en chignon et parée de fleurettes, appartiennent à ce type féminin élancé que la critique a rapproché du style de Hans Reichle mais qui est avant tout directement inspiré des modèles féminins du plus célèbre sculpteur de la cour de Médicis de la fin du XVIe siècle, Giambologna. Une étoffe aux plis serrés vient s’enrouler autour de la cuisse droite, puis retombe sur la face arrière du socle créant un contraste raffiné et érotique entre l’aspect satiné de la carnation et le jeu vibrant des draperies. Sur le flanc du piédestal s’élève un rosier aux fleurs épanouies, au pied duquel surgit la tête joufflue d’un putto personnifiant le vent Zéphyr. En partie basse, un quadrant orné des signes du Bélier, du Taureau et des Gémeaux inscrit l’œuvre dans le cycle zodiacal de la saison nouvelle, confirmant le sujet de ce petit bronze d’art de très belle qualité comme une allégorie du Printemps. La fonte de très belle exécution présente une patine brune profonde et légèrement translucide qui la classe parmi les épreuves de très grande qualité produites au début du XVIIe siècle.

Cette statuette est, depuis l’étude publiée par Friedrich Kriegbaum en 1929, attribuée à l’allemand Hans Reichle, l’un des sculpteurs nordiques les plus en vogue autour de 1600 avec Hubert Gerhard (1540-1620) et Adriaen de Vries (1556-1626). Né à Schongau en Haute‑Bavière entre 1565 et 1570, fils probable du sculpteur et charpentier Paul Reichle, l’artiste apparaît en 1586 dans les archives de la cour de Munich, alors qu’il travaille auprès du sculpteur flamand Hubert Gerhard à l’église jésuite Saint‑Michel. Vers 1587-1588, il est envoyé à Florence aux frais de la cour bavaroise et rejoint l’atelier de Giambologna où il travaille jusqu’en 1594/95, avant d’y revenir brièvement en 1601–1602. Identifié dans les documents sous les noms de « Giovanni tedesco », « Anzirevelle » ou « Ansi Tedesco », il participe à des chantiers majeurs : préparatifs du monument équestre de Cosme Ier sur la piazza della Signoria, décorations éphémères pour le mariage de Ferdinand de Médicis et Christine de Lorraine, et surtout réalisation des nouvelles portes en bronze de la cathédrale de Pise, pour lesquelles il exécute en 1601 le relief de l’Adoration des bergers. Sa première œuvre personnelle documentée en 1595 est la Madeleine agenouillée au pied du crucifix réalisé par Giambologna pour le tombeau inachevé de Guillaume V de Bavière à Munich (Saint‑Michel). Son style combine le raffinement maniériste qu’il a assimilé dans l’atelier du grand maître florentin et un pathos plus nordique.

Avec beaucoup de créativité, cette œuvre s’inspire clairement des figures féminines inventées par Giambologna. L’atelier florentin de Giambologna, fondé sur une collaboration étroite entre maître, assistants et fondeurs à l’instar d’Antonio Susini, développa un répertoire de statuettes en bronze destinées aux cabinets de princes, dont l’Architecture, conçue vers 1580, constitue l’un des jalons essentiels. Dans ce modèle, une figure féminine assise sur un cippe, la jambe croisée et le bras pendant, tenant une tablette et une équerre, offre un schéma général que l’on retrouve inversé dans notre Allégorie du Printemps (sauf la tête tournée du même côté). Le croisement serré de la jambe autour du mollet, la torsion du buste, l’inflexion du cou et le bras droit tombant le long du corps, s’appuyant ici sur un rosier plutôt que sur un attribut architectural, montrent combien l’auteur de notre statuette a assimilé le vocabulaire du maître tout en le recomposant. La présence du rosier, du Zéphyr enfantin et du secteur zodiacal signalent quant à eux une influence de la Primavera en marbre de Pietro Francavilla, autre collaborateur de Giambologna, conçue en 1593 pour le Ponte Santa Trinita à Florence.


C’est dans ce contexte que s’inscrit la question de l’attribution à Hans Reichle. Dès 1931, Friedrich Kriegbaum publie la statuette du Grünes Gewölbe de Dresde comme une œuvre attribuable à Reichle. Il souligne son caractère de « variante germanique » de l’Architecture de Giambologna. Il rapproche certains traits physionomiques (front haut, petite bouche, chevelure volumineuse) de ceux de la Madeleine de Munich. Cette attribution, reprise par la suite dans plusieurs travaux sur le maniérisme international fait autorité depuis longtemps et est largement suivie par la critique. Dans le catalogue de l’exposition « Giambologna » de 1978-1979, Anthony Radcliffe et Charles Avery mentionnent ainsi, à côté de l’exemplaire de Dresde, notre exemplaire anciennement conservé dans la collection de Sir Leon Bagrit à Londres en indiquant que son exécution l’apparente aux bronzes de grande qualité d’Antonio Susini. Ils rappellent dans la notice du catalogue que l’œuvre était considérée de l’École de Giambologna par Forrer et attribuée à Giambologna par Hackenbroch.

À partir des années 1980, cette attribution traditionnelle a été toutefois nuancée et discutée. Dans sa thèse de 1981, Thomas P. Bruhn souligne que l’œuvre de Reichle compte en réalité très peu de bronzes de petit format documentés et que les nus masculins ou féminins manquent presque entièrement dans son corpus assuré, dominé par des commandes monumentales de cour et des cycles en terre cuite. Concernant précisément l’Allégorie du Printemps de Dresde, Bruhn estime que la proximité formelle avec l’Architecture de Giambologna a davantage guidé le jugement de Kriegbaum qu’une réelle compatibilité stylistique avec les rares œuvres sûres de Reichle, et il invite à considérer l’attribution comme conjecturale. Pourtant la majeure partie des publications institutionnelles qui ont suivi dans les années 1990 confortent cette attribution à l’artiste allemand en mettant en avant sa grande capacité d’appropriation et de transformation personnelle du style de Giambologna.


Notre statuette s’inscrit précisément dans ce faisceau de discussions. Elle partage avec fidélité la composition du bronze de Dresde -excepté la forme simplifiée de la base - et partage avec celui‑ci les traits morphologiques relevés par Kriegbaum : proportion allongée, cou cylindrique, petite tête ovale, chevelure en masse, modelé des chairs plus massif et moins nuancé que chez Giambologna. Sa haute qualité de fonte, la subtilité de la patine brune et la précision de la ciselure l’apparentent aux productions florentines de la fin du XVIe siècle, sans exclure toutefois l’hypothèse d’une fonte légèrement postérieure en raison de la simplification de la base mentionnée ci-dessus. Il est à noter qu’une troisième version passée en vente publique en France en 2012 élève à seulement trois exemplaires ce modèle rarissime influencé par les œuvres les plus illustres de Giambologna.

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