Portrait of an artist, also called 'The actress', presumed portrait of Sarah Bernhardt, white marble and bronze, by P. F. Berthoud
14.17 x 19.68 x 7.87 in.
Vente anonyme ; Dania Beach, Kodner Galleries, 17 février 2010, n° 199 ;
Galerie Robert Zehil, Monte Carlo ;
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire ;
Collection particulière, Paris
Paris, Salon des Artistes Français de 1902, n° 2251
Laurence Buffet-Challié, Le Modern Style, Paris, 1975, p. 35, repr.
Présentée au Salon des Artistes Français de 1902, cette sculpture figure parmi les œuvres les plus accomplies de Paul François Berthoud, où se révèle la plénitude de son art : une alliance d’expression raffinée, de virtuosité technique et d’un symbolisme discret mais pénétrant. Sous le titre La Comédienne, l’artiste livre un portrait magnifié d’une figure féminine dont les traits, à la fois nobles, légèrement androgynes et empreints d’un calme intérieur, évoquent avec force l’aura mystérieuse de Sarah Bernhardt, alors au sommet de sa gloire. Le sculpteur joue du contraste somptueux entre le bronze patiné et la blancheur diaphane du marbre. La tête, d’une pureté presque surnaturelle, émerge telle une vision : le visage lisse et lumineux, sculpté avec une douceur infinie, se détache d’un ample manteau-chaperon dont les courbes baroques semblent flotter autour d’elle comme un voile animé. Berthoud modèle le marbre avec une finesse extrême, rendant la chevelure et les replis du couvre-chef avec un souffle de poésie qui confère à l’ensemble une présence théâtrale. Sous ce visage idéal s’épanouit le bronze, travaillé avec vigueur : l’étoffe lourde, plissée et nervurée, offre un contrepoint dramatique à la sérénité de la figure. Le sculpteur multiplie les effets de matière, opposant la rugosité vibrante du métal à la douceur lactée du marbre. Cette dualité incarne l’essence même de la comédienne : l’artiste de scène, être de tensions et de métamorphoses, où la fragilité intérieure se voile d’apparences somptueuses. La posture frontale, la tête à peine inclinée, le regard dirigé vers un ailleurs indéfinissable, confèrent au portrait une aura hiératique. Berthoud ne cherche pas la ressemblance stricte : il compose une effigie idéalisée, presque mythique, où la femme réelle bascule dans l’icône. L’évocation présumée de Sarah Bernhardt, muse des sculpteurs, phénix du théâtre, incarnation même de la modernité fin-de-siècle, renforce encore cette dimension symboliste.