Petit in-4, maroquin janséniste brun, dos à 5 nerfs, dentelle intérieure, tranches dorées (Thompson).
Bechtel, 546/O-12 // Brunet, IV-171 // De Backer, 114 // Fairfax Murray, 402 // USTC, 38024.
(162f.) / a6, b-c4, d8, e4, f8, g-h4, i8, k-m4, n8, o-q4, r8, s-v4, x8, y-z4, ク4, A8, B-D4, E8, F-H4 / 39 lignes sur 2 colonnes, car. goth. / 127 x 189 mm.
Probablement la quatrième ou la cinquième édition de ce roman de chevalerie en prose. Elle est la première in-4 et est illustrée de nombreux bois dans le texte.
Ogier le Danois, personnage fameux des légendes de chevalerie à l’instar de Roland ou de Renaud de Montauban, est inspiré d’un personnage ayant réellement existé et qui fut l’un des douze preux (pairs ou paladins) de Charlemagne. Il quitta le métier des armes, se fit moine et mourut à la fin du IXe siècle. Son souvenir populaire en fit le héros d’une chanson de geste légendaire en vers composée au XIIe siècle par le trouvère Raimbert de Paris, dans laquelle Ogier devient le type même du chevalier révolté contre son suzerain. Baudouin fils d'Ogier ayant été tué au cours d’une partie d’échecs par le fils de Charlemagne, son père, fou de douleur, se rebelle et, réclamant vengeance, tire l’épée contre l’Empereur. Forcé de fuir, il va demander asile au roi de Pavie qui lui confie le commandement de son armée ; il combat alors Charlemagne mais, contraint de battre en retraite, se réfugie à Castelfort où l’Empereur vient l’assiéger. Au bout de sept ans, seul survivant, Ogier le Danois se résout à sortir et s’enfuit dans les bois où il est surpris dans son sommeil. Il est jeté au cachot et la rumeur de sa mort se répand chez les païens qui, croyant désormais le royaume sans défense, l’envahissent. Seul Ogier est capable de défaire leur chef Brahier, doué d’une force extraordinaire. Charlemagne le fait alors sortir de sa prison mais le héros, implacable, ne promet son bras qu’au prix de la vie de l’assassin de son fils. Charlemagne le lui livre alors mais saint Michel descend du ciel et sauve l’enfant. S’ensuivent le combat et la victoire d’Ogier sur le géant sarrazin.
Cette chanson de geste connut une popularité extraordinaire et fut souvent remaniée au cours des siècles suivants. C’est probablement à la fin du XVe siècle qu’elle fut pour la première fois mise en prose, et la plus ancienne édition connue de cette version parut à Paris chez
Le Petit Laurens vers 1495 ou à Lyon chez Vingle en 1496. Il semble
que l’édition de Paris non datée, parue à l’adresse de la veuve Trepperel et de Jean Jehannot, soit la quatrième ou la cinquième, et la première
in-4. La datation précise est difficile, car l’association veuve
Trepperel/Jehannot dura de 1512 à 1517 ou 1520 au maximum. La date de notre édition située entre 1512 et 1520 fut contestée par certains au motif que le bois au verso du titre aurait été coupé et qu’il aurait été utilisé entier dans l’édition du même texte publiée par Nourry en 1525. Firmin-Didot, pour se débarrasser de la question, avança la date de 1522, date intermédiaire entre 1520 et 1525, hypothèse retenue par Bechtel.
Nous avons comparé les deux bois placés au verso du titre dans l’édition de Trepperel/Jehannot et au feuillet d6v dans l’édition de Nourry. Il existe de très nombreuses différences et il ne fait aucun doute que le bois a été regravé pour l’édition de Nourry, ce qui remet en cause la date de 1522 et nous fait dater notre édition entre 1512 et 1520 sans que nous puissions être plus précis sur ce point.
Bechtel a révélé l’existence de deux tirages, caractérisés par des titres différents, Ogier Le Dannoys et Sensuyt Ogier Le Dannois. Notre exemplaire appartient au tirage « A ».
Un titre en rouge et noir portant un bois représentant Ogier en tête d’une troupe de chevaliers, 2 autres bois rectangulaires (verso du titre et verso du dernier feuillet) et 49 autres bois dans le texte (en réalité
37 bois différents dont 7 répétés) dont 11 bois de la taille d’une colonne, 30 bois dépassant sur la deuxième colonne et 8 bois de la largeur de la page. D’après Fairfax Murray, les bois occupant la largeur de la page semblent provenir d’une illustration réalisée pour une Destruction de Jerusalem tandis que les bois de la taille d’une colonne seraient de la main d’un graveur employé par les Trepperel. Enfin, 28 bois semblent copiés sur des éditions de Michel Le Noir. Quatre feuillets du premier cahier sont imprimés en rouge et noir et l’illustration se complète de nombreuses lettrines à fond criblé.
Cette édition est très rare et l’USTC ne recense que l’exemplaire de la Bayerische Staatsbibliothek de Münich. Nous en avons identifié quatre dont deux sont du tirage A et deux du tirage B. L’exemplaire que nous présentons provient de la bibliothèque de Fairfax Murray, dont le catalogue ne mentionne pas d’autre provenance. Nous supposons, compte tenu de la rareté de l’ouvrage, qu’il a auparavant appartenu aux bibliothèques Solar (mar. br. tr. d.) et Firmin-Didot (mar. brun, jans.,
tr. dor. (Thompson) provenant de la collection Solar).
Minimes frottements à la reliure. Tache au feuillet q1v et très pâle mouillure angulaire à 8 feuillets (cahiers f-g).
Très bel exemplaire.
Provenance :
Félix Solar (?, 19 novembre-8 décembre 1860, n° 1863), Ambroise Firmin-Didot (?, 9-15 juin 1881, n° 393) et Fairfax Murray (étiquette, n° 402).