Petit in-4, maroquin vert, triple filet doré en encadrement, dos lisse avec le titre en long OLIVIER. DE. CASTILLE. ET. ARTUS. DALGARBE, les parties en tête et en pied ornées à la grotesque, roulette intérieure, tranches dorées sur marbrure (Reliure du XVIIIe siècle).
Baudrier, X-81 // Bechtel, 549/O-29 // Brunet, IV-184 // Gültlingen, III,
p. 217, n° 81 // USTC, 55944.
(54 f.) / A-M4, N6 / 35 longues lignes, car. goth. / 123 × 183 mm.
Rare édition lyonnaise de l’un des grands romans de chevalerie du XVe siècle.
Plusieurs sources attribuent L’Histoire d’Olivier de Castille à Philippe Camus, écrivain français du XVe siècle dont le nom se retrouve dans plusieurs manuscrits anciens et éditions du roman. Camus l’aurait traduite du latin vers 1455 à la demande de Jean II de Croÿ, comte de Chimay. Ce récit chevaleresque connut dès lors, à partir de sa version en prose française, une très grande vogue dans toute l’Europe et pendant tout le XVIe siècle.
Il conte le récit de l’amitié entre les princes de Castille et d’Algarve (ou Algarbe), royaume au sud du Portugal. Ayant perdu sa femme en couches lors de la naissance d’Olivier, son père le roi de Castille se remarie avec la reine d’Algarve, mère d’Artus. Olivier et Artus grandissent en frères, mais la nouvelle reine de Castille éprouve, à l’adolescence d’Olivier, une incestueuse attirance pour son beau-fils. Olivier repousse ses avances et s’enfuit de nuit, laissant son père le roi, Artus et même la reine repentie en grand deuil de son absence. Le héros s’embarque sur un bateau, se confie à un ermite et arrive à la cour du roi d’Angleterre où il s’éprend de sa fille Helayne, d’un amour pur et partagé couronné par un tournoi dont Olivier sort vainqueur sous les couleurs de la belle. Le jeune prince combat ensuite et défait, pour le compte du roi d’Angleterre, les rois d’Irlande qui menacent le royaume, puis épouse Helayne dont le roi lui a accordé la main en guerdon des haulx services quil luy avoit faictz. De leur union naît Henry. Un prince d’Irlande fait prisonnier Olivier, l’emmène ensuite en captivité. S’ensuit alors le récit des aventures vécues par Artus à la recherche de son compagnon. Le roi de Castille étant mort de chagrin peu après le départ de son fils, Artus avait été élu régent du royaume iusques a la revenue dolivier. Ce loyal ami se met en chemin, affronte des bêtes sauvages et, sur les conseils d’un blanc chevalier, s’en vient en Angleterre où il apprend le sort d’Olivier. Il se fait passer pour lui auprès d’Helayne à l’agonie depuis la disparition de son époux, puis va tirer Olivier de son cachot et le venge en conquérant le royaume d’Irlande dont il est fait roi. Tombé gravement malade, Artus n’est sauvé qu’au prix des deux enfants d’Olivier dont il doit boire le sang mais qu’un miracle divin ressuscite. Artus épouse ensuite la fille d’Olivier. Henry, héritier d’Olivier, est fait prisonnier et meurt chez les Païens et Artus devient roi de Castille et d’Angleterre.
Cette légende est à rapprocher directement d’un autre classique de la littérature médiévale Amis et Amile, dans lequel deux presque frères, semblables de corps et d’esprit, affrontent des aventures similaires (cf. le n° 342 du présent catalogue).
Ce roman en prose a été édité pour la première fois à Genève par l’imprimeur Louis Cruse (dit Garbin) en 1482 puis connut chez le même éditeur cinq autres éditions incunables illustrées. Suivent trois éditions parisiennes entre 1505 et circa 1515, avant notre édition lyonnaise de 1546, parue chez Olivier Arnoullet et la dernière en caractères gothiques.
Un titre imprimé en rouge et noir portant un grand bois (Olivier à cheval affrontant des ennemis), 12 gravures sur bois dans le texte (en réalité 9 bois différents dont 3 répétés) représentant principalement des scènes de batailles et nombreuses grandes et petites lettrines, la plupart à motif floral. Une des figures a été mal placée et imprimée à l’envers.
Cette édition est très rare et l’USTC ne recense que l’exemplaire conservé à la British Library. Les ouvrages édités par Olivier Arnoullet sont tous rares. À deux exceptions près, il se consacra exclusivement à la publication d’ouvrages en français, et notamment aux romans de chevalerie. L’extrême rareté de ses œuvres est la conséquence du tirage restreint inhérent à ce genre de publication. Il peut donc être placé au premier rang des vulgarisateurs de la langue française (Baudrier, X, p. 29).
Notre exemplaire, relié en maroquin au XVIIIe siècle, est cité par Brunet et Baudrier. Il provient de la bibliothèque Gaignat, puis est passé dans celles de Heber et de Turner. Il est à rapprocher d’un autre ouvrage de la bibliothèque Bourdel, Martial d’Auvergne : Les Vigilles de la mort du roi Charles septiesme… (cf. le n° 332 du présent catalogue), dont la reliure est presque similaire. Il est quasi-certain que ces deux volumes, reliés dans le même atelier, ont un jour appartenu à un même bibliophile, probablement Louis-Jean Gaignat.
Dos passé, trou de 1 cm à un mors. Exemplaire court dans la marge de tête, marge latérale du titre renforcée.
Très bel exemplaire.
Provenance :
Louis-Jean Gaignat (I, 10 avril 1769, n° 2317), Richard Heber (annotation manuscrite ?, IX, 25 mai - 17 juin 1835, n° 2204) et Robert Samuel Turner (ex-libris, 12-16 mars 1878, n° 438).