Plaquette in-16, maroquin à long grain aubergine, double filet en encadrement avec fleurons d’angle, dos lisse orné avec le titre en long, filet intérieur, tranches dorées (Reliure anglaise du XIXe siècle).
Bechtel, 649/R-34 // Brunet, II-1708 // Fairfax Murray, 475 // USTC, 79224.
(4 f.) / A4 / 20 lignes, car. goth. / 84 × 126 mm.
Édition originale de cette rarissime plaquette en vers contenant la complainte du mendiant Ragot.
Il semble que Jehan Ragot, soit-disant auteur de ces Grans Regretz, ait réellement existé. Mendiant parisien de la première moitié du XVIe siècle, il est resté dans la poésie populaire comme le type du noble gueux, gouailleur et moqueur, bélître magnifique auquel Anatole de Montaiglon a consacré un article dans son Recueil des poésies françoises des XVe et XVIe siècles (t. V, p. 137 et s.).
Cette complainte composée par un auteur anonyme s’ouvre par trois strophes en décasyllabes priant Dieu de Soubstenir / Entretenir regir et gouverner / Bõs iusticiers afin d’éviter les verges aux mendiants et bélîtres, puis commence la complainte proprement dite,
Rememorant les bons tours
Et bonnes repeues franches.
Elle compte onze strophes, la plupart de huit vers en octosyllabes ou en décasyllabes, que suit un envoi de quatre vers ; le présumé Ragot y dépeint la mendicité au long des rues de Paris, de la Sainte Chapelle à la rue Neufve et à l’Hôtel-Dieu, puis les Augustins et les ponts parisiens jusqu’à la prison où il rencontre sa femme Colette.
Les Grans Regretz du preux et vaillant capitaine Ragot ont été publiés sans mention de lieu, nom ou date d’édition. Les catalogues Lang et Fairfax Murray, auxquels cet exemplaire a appartenu, proposent tous deux la date approximative de 1520, mais Bechtel la pense sans doute plus proche de 1530. Une seconde édition suivit immédiatement celle-ci, parue également sans nom, ni date, donnée à Paris chez Guillaume de Bossozel vers 1531 sous le titre Le grant Regret et cõplainte du preux et vaillãt capitaine Ragot.
Un bois sur le titre représentant Ragot et sa femme Colette mendiant auprès de deux bourgeois.
Cette édition est extrêmement rare et l’USTC ne recense que cet exemplaire qui provient de la bibliothèque Fairfax Murray. Brunet mentionne quant à lui l’exemplaire Lang, en faisant une confusion entre les deux éditions. Il s’agit en réalité du même exemplaire, décrit dans le catalogue Lang de 1828 comme relié en maroquin bleu. D’après le catalogue Fairfax Murray, c’est probablement le seul exemplaire connu, hypothèse à laquelle nous adhérons.
On a relié dans l’exemplaire une quarantaine de feuillets blancs, sans doute pour épaissir le volume et avoir la place de mettre le titre au dos. On retrouve deux reliures quasiment similaires, l’une sur La vraye disant advocate des Dames qui avait également appartenu à Robert Lang (vente en 1828, n° 14), puis était passée chez Audenet qui y avait fait frapper son chiffre (cf. Bourdel, I, 19 juin 2024, n° 8), l’autre sur Les estrenes des Filles de Paris de Jean Divry, volume qui avait également appartenu à Robert Lang (n° 2018) et subi le même sort chez Audenet (cf. Bourdel, I, n° 42).
Reliure anciennement reteintée et inégalement passée. Feuillets légèrement effrangés dans la marge latérale.
Provenance :
Robert Lang (17-27 novembre 1828, n° 1793) et Fairfax Murray (étiquette, n° 475).